Il y a de cela, 17 ans, tu m'as offert le plus beau cadeau qu'une mère puisse donner: la vie. Pardon maman, mais j'ai un peu abîmé ce cadeau, je n'ai pas trop su l'aimer. Je regardais sans cesse celui des autres, me disant que le leur était plus beau. Moi je ne m'en sortais qu'avec un joli papier cadeau. Aujourd'hui, je te demande une faveur, je te demande de m'offrir une nouvelle fois ce cadeau. Ne l'emballe pas, oublions les apparences. Regarde mon coeur, il crie de douleur en restant ici, regarde-le, il est déjà un peu parti ...
Maman, tu t'y attendais ... Tu savais, qu'un jour je partirai. Je ne fuis pas, crois-moi, sinon je ne prendrai pas la peine de t'expliquer tout cela, je ne te dirai même pas au-revoir. Il y aurait bien longtemps que j'aurais claqué la porte de notre appartement. Si je ne l'ai pas fait, c'est pour ne pas partir trop vite, te montrer que c'est un réel besoin plutôt qu'une fuite.
C'est vrai, j'aurai pu partir un peu moins loin, un peu plus tard, juste à quelques kilomètres de là ... J'ai décidé d epartir à l'autre bout de la France. Que veux-tu?! Je te l'ai dit, je préfère "galérer" financièrement dans un environnement qui m'est propre plutôt que de "galérer" avec une vie qui ne me plait pas. Les couleurs de cette ville sont devenues ternes, ont perdu de leur éclat. Je n'ai plus rien à voir ici, plus rien à découvrir. Un peu de moi est éparpillé aux quatre coins de la France. Tu me dis que je ne sais pas ce qu'est la vie. Et tu as raison mais y'en a marre des discours défaitistes !! Maman, tu ne sais pas, mais ma vadrouille m'en a appris beaucoup. J'ai fait des rencontres qui m'ont appris bien plus que leurs cahiers d'école. J'ai été touchée, par l'humanité. Maman, on parle pas d'la même galère. Tu veux être réaliste, soit. Moi je préfère voir au-delà. Alors je me casserai peut-être les dents, je coulerai peut-être !! Et quand bien même?! Je s'rai en vie nan?! Je n'me plais pas ici.
Ce que je ne t'ai pas dit, c'est aussi que mon autre Ame-Soeur est par-là bas ... Tu comprendras, qu'ici je ne suis plus. Tu comprendras qu'ici je n'vis plus. Ma valise encore pleine, je la regarde avec envie. Tu comprendras qu'à force de partir, j'ai bien du mal à revenr. Tu comprendras que c'est une fille à moitié vivante qui revient dans tes bras.
J'ai connu l'bonheur, la sérénité, la vie. Mais c'était pas ici. Accepte mon choix, je ne partirai pas sereine sans ça ...